Les Rangers canadiens arrivent pour prêter main forte à la Première Nation Wapekeka, aux prises avec une crise de suicides

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Article / Le 26 juin 2017

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Par Sergent Peter Moon, 3e Groupe de patrouille des Rangers canadiens

Première Nation Wapekeka (Ontario) — Pour la toute première fois, l’Armée canadienne a envoyé des rangers canadiens aider une petite bande des Premières Nations isolée du Nord de l’Ontario qui est aux prises avec une crise de suicides.

 « C’est une réponse immédiate à une situation de crise », dit le lieutenant‑colonel Matthew Richardson, commandant du 3e Groupe de patrouille des Rangers canadiens (3 GPRC). Les Rangers canadiens sont un sous-élément de la Réserve des Forces armées canadiennes (FAC). Les membres de 3 GPRC sont des réservistes en service à temps partiel dans le Grand Nord de l’Ontario.

« Nous ne sommes pas des thérapeutes. Ceci n’est pas une intervention en santé mentale», précise‑t‑il. Nous sommes ici à titre de solution provisoire, en attendant que les autres organismes gouvernementaux aient fini de préparer leur intervention aux fins de la gestion de cette situation critique. Nous espérons gagner du temps, afin que d’autres organismes puissent arriver en renfort avant qu’il n’y ait un autre décès. »

La Première Nation Wapekeka, une communauté oji-cris d’environ 400 habitants située à approximativement 600 kilomètres au nord de Thunder Bay, a déclaré une situation d’urgence le 19 juin 2017 et a fait appel au gouvernement pour recevoir de l’aide de l’extérieur à la suite du troisième suicide survenu cette année, celui d’une jeune fille de 12 ans. De plus, la communauté est aux prises avec une épidémie sans précédent de tentatives de suicide chez les jeunes, certaines dictées par un pacte de suicide.

La semaine dernière, pendant une téléconférence organisée par le gouvernement de l’Ontario, le chef de la Nation Wapekeka, Brennan Sainnawap, s’est fait dire que quelques rangers canadiens de la communauté avoisinante de Kitchenuhmaykoosib aidaient déjà sa communauté en difficulté.

« Quelqu’un a dit que vous avez quatre ou six rangers sur place en ce moment, raconte le colonel Richardson. Il a répondu : ‘Je n’en ai pas besoin de quatre ou six. J’en ai besoin de 20.’ Il l’a dit d’un ton exaspéré. Il avait besoin d’aide. Il était désespéré. Je lui ai expliqué que nous essayerions de faire quelque chose. »

L’armée a donc autorisé des rangers canadiens à se rendre à Wapekeka en avion pour aider la bande.

« Nous avons l’appui des militaires canadiens, des échelons supérieurs aux échelons inférieurs, dit le colonel Richardson. Pour moi il s’agit d’une opération militaire et nous sommes là pour sauver des vies et garder le fort jusqu’à ce que l’aide des organismes extérieurs arrive. Nous sauvons des vies dans des situations d’urgence, en cas d’incendies de forêt et d’inondations, par exemple, et lorsque nous menons des opérations de recherche et sauvetage dans le Nord de l’Ontario. Au cours des 25 opérations de recherche et de sauvetage que nous avons effectuées l’an dernier, nous avons sauvé 32 vies. »

Il y a actuellement deux adjudants de l’armée et 19 rangers canadiens à Wapekeka. Ils effectuent des patrouilles de prévention du suicide et organisent des activités pour mobiliser les jeunes de la communauté. Les rangers, qui sont tous des Autochtones, viennent de Kitchenuhmaykoosib, de Muskrat Dam, de North Caribou Lake, de Sandy Lake, et deux d’entre eux vivent à Wapekeka.

« Les Rangers sont en uniforme, et ils ne jouent pas un rôle de policier, dit le Col Richardson. Ils ne font pas figure d’autorités, ils agissent à titre de membres de la communauté faciles à aborder, de mentors et d’amis qui peuvent parler aux enfants. Ils vont aux endroits où les enfants se rassemblent et aux endroits où il pourrait y avoir un suicide, juste pour s’assurer que personne n’est en train de passer à l’action. »

Pauline Greene, l’une des rangers de Wapekeka, est conseillère de bande dans sa communauté d’origine, la Première Nation de Sachigo Lake. « J’ai perdu mon fils de 18 ans lorsqu’il s’est suicidé il y a 15 ans, dit-elle. Lorsque quelqu’un se suicide dans l’une de nos petites communautés, toute la communauté est traumatisée. Cette communauté est comme une grande famille. Et cette crise des suicides a traumatisé tout le monde à Wapekeka.

La communauté a besoin de toute l’aide qu’elle peut recevoir, et je comprends la frustration de ses membres, leurs sentiments. Ils ont l’impression que personne ne les écoute, ne les comprend ou ne les aide. Ils ont l’impression que personne de l’extérieur ne les écoute.

Ils savent que les rangers sont là pour les aider, pour faire ce qu’ils peuvent pour eux. Nous sommes une solution temporaire, jusqu’à ce que quelqu’un d’autre vienne aider la communauté. »

Les adjudants Barry Borton et Daniel Stortz sont arrivés à Wapekeka par avion dimanche et ont immédiatement trouvé la police en train de s’occuper de deux tentatives de suicide.

« Nous nous sommes regardés, Dan et moi, et nous nous sommes dit “dans quoi nous sommes‑nous embarqués?”, dit l’adj Borton. Depuis, nous avons travaillé sans relâche. Il n’y a pas suffisamment de mots dans le dictionnaire pour décrire ce que nous ressentons et ce que nous vivons.

J’ai passé huit mois en Iraq auprès des Nations Unies et j’ai vu des choses assez terribles là‑bas, mais je n’aurais jamais pensé voir ce genre de situation dans mon propre pays.

Je ne comprends pas ce qui pousse les enfants à vouloir se suicider. Nous trouvons des cordes accrochées à des arbres au cours de nos patrouilles et nous les enlevons. Nous nous sommes retrouvés dans des situations où nous avons dû demander à la police de venir aider des enfants qui semblaient se préparer à se suicider. C’est difficile pour nous tous et pour les rangers. Ça vous touche. »

La Nation Nishnawbe Aski (NNA) regroupe 49 Premières Nations du Grand Nord de l’Ontario, dont Wapekeka. Dans un communiqué qu’elle avait préparé, la NNA a dit : « Nous sommes reconnaissants pour l’aide des Rangers canadiens, qui se sont mobilisés pour aider à gérer la crise de suicides à Wapekeka. Cette intervention est sans précédent, et nous sommes certains que la présence des rangers apportera un sentiment de réconfort et de sécurité à la communauté. »

Selon la NNA, 523 suicides ont été déclarés dans ses 49 Premières Nations depuis 1986, pour une population totale d’environ 45 000 habitants. Le nombre le plus élevé de suicides a été chez les enfants de 10 à 14 ans, parmi lesquels on compte 70 décès. Le nombre de décès s’élève à 200 chez les jeunes de 15 à 20 ans. Le suicide est la principale cause de décès chez les enfants de la NNA âgés de 10 à 14 ans.

Jusqu’à maintenant cette année, 14 suicides ont été déclarés au sein des communautés de la NNA. Six enfants de 10 à 14 ans comptaient parmi les personnes qui se sont suicidées.

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