Les Rangers canadiens utilisent "l’ihuma" pour aider à former les conseillers sur les opérations dans l’Arctique

Article / Le 25 avril 2018 / Numéro de projet : 18-0123

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Par Lynn Capuano, Affaires publiques de l’Armée

Resolute Bay, Nunavut — Les opérations et les exercices militaires comportent tous une certaine part de danger, peu importe l’environnement dans lequel ils sont menés. Or, lorsqu’ils se déroulent dans les régions les plus au nord du Canada, les risques sont accentués par les conditions météorologiques polaires et un terrain vaste et austère.

Fort heureusement, les Forces armées canadiennes (FAC) peuvent compter sur les Rangers canadiens qui font partie de l’équipe qui forme chaque saison les conseillers sur les opérations dans l’Arctique à Yellowknife, dans les Territoires-du-Nord-Ouest et à Resolute Bay, au Nunavut. Le cours de 2018 s’est terminé à la fin mars.

Les Rangers canadiens appartiennent à la Réserve de l’Armée (Rés A) et ils habitent et travaillent dans des régions éloignées et nordiques du pays. Ils fournissent des forces mobiles autonomes munies d’un équipement léger pour appuyer les opérations relatives à la sécurité nationale et à la sécurité publique au Canada.  

Tel qu’énoncé dans la directive Renforcer la Réserve de l’Armée canadienne (RRAC), dans le cadre du cours de conseiller sur les opérations dans l’Arctique (COA), on tente de former les membres de la Force régulière et de la Réserve ensemble, dans la mesure du possible, afin qu’ils puissent travailler en une seule et même équipe lorsque le besoin se présentera. Les diplômés qui sont membres de la Rés A servent ensuite dans les groupes-compagnies d’intervention dans l’Arctique de leur division, qui sont des organisations propres à la Rés A, tandis que les membres de la Force régulière mettent en pratique leurs connaissances dans leurs unités.

Véritables partenaires des FAC dans le Nord, les Rangers canadiens mènent plus de 110 exercices et opérations par année, dont des patrouilles locales d’affirmation de la souveraineté et des patrouilles d’entraînement, un appui aux opérations et aux exercices des Forces armées canadiennes et un appui aux partenaires fédéraux et territoriaux et aux autres intervenants.  

Le capitaine Wayne LeBlanc travaille étroitement avec les Rangers canadiens pour transmettre une vaste gamme de connaissances et d’aptitudes nordiques. Il est le commandant du cours de COA depuis trois ans et demi.

« Nous avons un Ranger à l’appui du Bas-Arctique, mais nous mettons à profit la majorité des connaissances des Rangers dans le Haut-Arctique », a expliqué le Capt LeBlanc.

Le cours de COA de 45 jours, durant lequel les candidats partagent leur temps entre Yellowknife et Resolute Bay, fournit au personnel de l’Armée canadienne les outils dont ils ont besoin pour conseiller leur commandant sur la façon de mener des opérations militaires et des exercices de manière plus sûre dans le nord du Canada, un environnement qui peut être fatal s’il est mal compris et pas traité avec respect.

« Je crois que les candidats de cette année forment l’une des meilleures cohortes à ce jour. Ils sont très enthousiastes », a déclaré le Capt LeBlanc. « L’une des choses que nous martelons dès le premier jour, c’est la nécessité d’être enthousiaste. C’est l’occasion d’une vie. C’est une partie du monde que très peu de gens ont la chance de voir. »

Originaire de la Nouvelle-Écosse, le Capt LeBlanc est membre de la Force régulière depuis 10 ans. Affecté au Centre d’instruction supérieure en guerre terrestre de l’Armée canadienne, qui fait partie du Centre de doctrine et d’instruction de l’Armée canadienne à Trenton, en Ontario, il passe ses hivers à Resolute Bay et ses étés à Trenton, où il dirige le peloton d’opérations en campagne. « Je passe mes étés à enseigner des connaissances sur les montagnes », a-t-il déclaré.

Pour ce qui est des connaissances de l’Arctique, il fait part de certains des plus gros défis aux personnes qui en sont à leur première expérience dans le Nord. Il a appris des Rangers certaines des solutions qu’ils proposent.

« L’un des défis évidents est le froid. Peu de gens ont déjà ressenti un tel froid. La température peut chuter jusqu’à moins 75 degrés. Je remarque souvent que c’est la première chose qui fait reculer les candidats », a-t-il affirmé. « Réussir à fonctionner dans le froid extrême demeure la plus grande difficulté. Il faut simplement apprendre à vivre avec cette composante. »

S’emmitoufler n’est pas toujours la solution pour rester au chaud, selon le Capt LeBlanc.

« Nous leur enseignons comment s’habiller pour faire face au froid, selon les conditions météorologiques annoncées. Il faut éviter la transpiration et c’est l’une des principales choses que nous enseignons. »

« Si par exemple vous coupez des blocs de neige pour bâtir un igloo, vous devrez enlever des couches parce que vous ne voulez surtout pas transpirer dans votre parka parce qu’il deviendra mouillé, il gèlera et vous aurez encore plus froid. »

« Vous devez donc laisser votre parka ouvert sur votre motoneige pour faire évaporer et geler l’humidité », a-t-il déclaré. « Puis, vous secouez votre parka avant de le remettre.

Si les Rangers croient que le temps est mauvais, tenez compte de leur ihuma

« Pour ce qui est des Rangers du Haut-Arctique, je ne taris pas d’éloges à leur endroit », a-t-il déclaré. Ils apportent beaucoup de sagesse culturelle et des processus décisionnels appropriés, de qualités que nous recherchons. »

Ihuma est un mot Inuktitut qui a de nombreuses significations, mais, à sa plus simple expression, il signifie la raison, la sagesse et la connaissance, selon le matériel d’instruction utilisé pour le cours du COA.

On dit d’une personne qui a de l’ihuma qu’elle a les compétences propres aux adultes, et qu’elle détient tout ce qu’il faut, non seulement pour assurer sa survie personnelle, mais également pour diriger les autres dans les dures conditions climatiques du Nord. Connu sous le nom d’isuma dans certains dialectes, les concepts sont importants pour les Inuits de l’Arctique canadien.

Une personne qui possède de l’ihuma est calme, enjouée et patiente, surtout lorsqu’elle est confrontée à des difficultés ou à de la frustration, elle adopte une approche réaliste et souple face à l’environnement et un respect vis-à-vis l’indépendance des autres.

Le Capt LeBlanc décrit comment, durant la phase finale du cours, les participants doivent tirer profit de la connaissance des Rangers.

« Les participants planifient leur propre exercice final durant le cours, qui comprend une patrouille de sécurité. On leur attribue une communauté et on les jumèle avec des Rangers de cette communauté pour les aider à planifier ce qu’ils feront durant leur patrouille d’affirmation de la souveraineté dans cette communauté. »

« L’apprentissage des aptitudes traditionnelles des Rangers est l’un des éléments importants de la préparation : il faut apprendre à vivre sur la terre, à pêcher et ainsi de suite. Leurs conseils sont extraordinaires et ils ont tellement de connaissances, qu’on les écoute. »

« Nous avons eu une des pires années que j’ai connue jusqu’à maintenant durant le cours », a-t-il affirmé. « Nous avons eu beaucoup de forts vents et de voiles blancs à Resolute Bay. »

La souplesse est une leçon des Rangers à prendre au sérieux. « Dans la mesure du possible, lorsqu’un Ranger regarde par la fenêtre et dit ‘oh, je n’irais pas à l’extérieur aujourd’hui,’ nous ne sortons pas ce jour-là. »

Difficile de suivre les conseils des Rangers pour des militaires axés sur les buts

Le Capt LeBlanc fait remarquer que ce conseil va souvent à l’encontre des valeurs du soldat typique axé sur les buts. « Nous aimons nos échéanciers et nous aimons respecter nos objectifs. »

« Alors voici ce que nous enseignons. Lorsque nous agissons à titre de conseiller, avant de donner un conseil à notre commandant, nous devrions d’abord demander aux Rangers ce qu’ils feraient. Vous connaissez le dicton ‘On peut conduire un cheval à l’abreuvoir, mais non le forcer à boire?’ C’est tout à fait ça, mais je crois qu’on s’améliore », a-t-il déclaré.

« Après tout, vous ne pouvez pas dire aux candidats qui sont là pour conseiller les autres de prendre les bonnes décisions et, d’un autre côté, prendre les mauvaises décisions pour que le cours finisse. Il vaut donc mieux toujours user de prudence. »

« Ce sont les conditions météorologiques qui ont le dernier mot. »

L’évolution du cours examine les aspects psychologiques

Le cours évolue chaque fois qu’il est enseigné. « Nous croyons que le programme s’en va dans la bonne direction », a expliqué le Capt LeBlanc. « Les leçons sont apprises – et c’est exactement pourquoi nous sommes ici. »

Depuis les deux dernières années, un nouvel aspect de l’instruction, appelé la survie dans une région subarctique, est offert.

Les candidats passent trois ou quatre jours sur le terrain sans nourriture ni fusil. Ils peuvent seulement utiliser des collets pour attraper de petits gibiers et une tige de ferro (abréviation de ferrocérium) et un percuteur de métal pour allumer des feux. Cela émet une étincelle à haute température lors du frottement avec un percuteur de métal. C’est efficace par temps froid, humide ou venteux, ce qui n’est pas le cas lors de l’utilisation d’allumettes ou de briquets.

« Notre priorité, c’est la survie. Il faut avoir un abri, de l’eau, du feu et de la nourriture. La nourriture arrive tout en bas de la liste de priorités en raison de la ‘règle des trois’, qui est placée dans l’ordre de ce qui va nous tuer le plus rapidement », a-t-il expliqué.

« Cela signifie trois minutes sans oxygène, 30 minutes exposé à ces éléments, selon les conditions; trois jours sans eau et trois semaines sans nourriture. »

L’un des aspects de l’ihuma qui devient important, c’est de conserver une attitude positive face à la difficulté.

« Se retrouver sans nourriture correspond à ce que nous tentons d’enseigner », a déclaré le Capt LeBlanc. « Nous tentons de créer un état d’esprit psychologique. Les choses vont mal tourner si vous ne conservez pas un certain niveau de positivisme et que vous ne gardez pas votre esprit alerte. »

« Dans ce genre de situation, il faut garder son esprit occupé. La minute où vous cessez de vous tenir occupé et que vous arrêtez de tenter d’améliorer votre sort, l’état dépressif, le manque de confiance en soi et l’apitoiement sur soi prennent le dessus et cela aura une incidence sur votre capacité de survie. Nous voulons mettre les candidats dans cet état d’esprit et leur faire vivre une situation la plus réaliste possible tout en veillant à leur sécurité. »

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