Un capitaine aux origines militaires et asiatiques conseiller auprès des personnes LGBTQ

Article / Le 4 mai 2017 / Numéro de projet : 17-0112

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Par Lynn Capuano, Affaires publiques de l’Armée

Le Mois du patrimoine asiatique est célébré en mai au Canada. Il s’agit du moment idéal pour souligner les nombreuses réalisations des Canadiens d’origine asiatique qui ont contribué à faire du Canada le pays prospère et diversifié qu’il est aujourd’hui. Voici le premier numéro d’une série d’articles portant sur des membres de l’Armée canadienne d’origine asiatique.

Edmonton (Alberta) — Le capitaine Matthew Hou est un soldat ambitieux de 29 ans qui s’est joint à la Force régulière de l’Armée canadienne en 2006, alors qu’il avait 17 ans. Il a déjà accompli de grandes choses en seulement 11 ans de carrière.

Le Capt Hou possède un baccalauréat en sciences politiques du Collège militaire royal du Canada (CMR), une maîtrise en administration publique de la American Military University et une maîtrise en sciences de l’Université de Boston. Il a également suivi et continue de suivre de nombreux cours de qualification de l’Armée, en plus d’avoir participé en 2013 à un déploiement en Afghanistan dans le cadre de l’opération ATTENTION à titre de mentor en logistique auprès de l’Armée nationale afghane.

« J'ai effectué certains des cours requis pour un de mes diplômes alors que j’étais en Afghanistan. C’était pertinent, parce que la matière portait directement sur l’amélioration de la sécurité dans un environnement dangereux. »

Le Capt Hou est actuellement affecté au quartier général de la 3e Division du Canada à Edmonton, en Alberta, où il occupe le poste d’officier d’approvisionnement logistique, appelé en « jargon militaire » le G4/J4 Approvisionnement, Quartier général de la 3e Division du Canada/de la Force opérationnelle interarmées Ouest.

« Mes fonctions consistent essentiellement à élaborer des politiques et à effectuer le suivi des besoins dans l’Ouest canadien pour le compte de l’Armée. Mon équipe doit veiller à ce que les soldats qui travaillent dans l’entrepôt disposent des fournitures nécessaires au bon moment », explique-t-il.

« À mon avis, c’est une excellente façon de mettre à profit ses aptitudes en planification, sa capacité de réfléchir rapidement et ses compétences de soldat », poursuit-il, en soulignant que tous les membres du personnel sont des soldats qualifiés, même si leurs tâches quotidiennes se déroulent principalement à l’intérieur.

« Selon moi, l’aspect le plus gratifiant du travail de leader, peu importe le grade, est de diriger une équipe et d’avoir une influence positive sur les opérations. Le résultat est de loin supérieur à la somme des parties », estime-t-il.

Le Capt Hou a auparavant été affecté au 1er Bataillon, Princess Patricia’s Canadian Light Infantry à Edmonton et au 1er Bataillon des services, également à Edmonton. « Je me considère chez moi avec le 1er Bataillon des services, car il s’agit d’une unité de logistique et de la maison mère des logisticiens de l’Armée dans l’Ouest canadien. »

En juillet 2017, il partira pour Ottawa, au bureau du Sous-ministre adjoint (Matériel).

Il occupe également les fonctions de conseiller auprès des personnes lesbiennes, gaies, bisexuelles, transgenres et en questionnement (LGBTQ) au sein de la 3e Division du Canada, dans le cadre de l’opération HONOUR des Forces armées canadiennes. Cette opération vise à éliminer les comportements sexuels préjudiciables et inappropriés au sein de l’organisation militaire canadienne.

Le Capt Hou, qui est lui-même homosexuel, a été l’organisateur de la première participation des Forces armées canadiennes au défilé de la fierté gaie à Edmonton en 2013. Il s’implique chaque année depuis.

En ce qui concerne les enjeux raciaux et liés au genre au sein de l’Armée, il indique s’être déjà fait demander si son homosexualité avait été un obstacle à son inclusion au sein de l’équipe. Ce à quoi il répond que non, son orientation sexuelle n’a pas été un problème.

Il parle avec fierté de l’appui qu’il a reçu de son équipe par rapport au défilé. « C’était merveilleux. Même s’ils sont tous hétérosexuels, mon supérieur et certains de mes collègues dans le bataillon d’infanterie – qui pourrait être considéré comme une organisation où la différence est moins bien acceptée – sont venus me voir pour me dire qu’ils voulaient participer à ce que j’organisais. Ils m’ont dit qu’ils croyaient en ce que je faisais et qu’ils souhaitaient m’appuyer, en tant que membre de leur équipe. »

« Donc non, je n’ai pas vécu de gros problèmes par rapport à mon orientation sexuelle ni à mon origine ethnique, absolument pas. Il existe certains enjeux sociaux problématiques au sein de l’organisation, mais les leaders et les ressources sont là pour aider les gens à les surmonter », affirme-t-il, en citant l’opération HONOUR comme exemple.

« J’ai connu des journées difficiles, comme tout le monde. Mais ce que j’aime vraiment à propos du Canada et de nos Forces, c’est qu’il est possible d’accomplir ce que l’on veut, si l’on veut faire quelque chose et être quelqu’un. Il n’y a plus d’obstacles comme auparavant, et je trouve que c’est merveilleux. Il y a peu d’endroits dans le monde comme ici. »

Le Capt Hou s’est joint à l’Armée à Vancouver en 2006. Lorsqu’est venu le temps pour lui de s’inscrire à l’université, le CMR était le choix évident. « Je voulais vraiment étudier au CMR en raison de ses quatre piliers : les études, l’athlétisme, le bilinguisme et le leadership. L’établissement m’offrait une expérience universitaire tellement différente de McGill, où j’avais également été accepté. »

Son intérêt envers le CMR et l’Armée en général provient également de sa famille, en particulier de son oncle, le lieutenant-colonel (retraité) Yung Jin Hou. « Mon oncle a été le premier Canadien d’origine coréenne à obtenir son diplôme du CMR dans la fin des années 1980. Il est très modeste à ce sujet. Il a pris sa retraite après avoir servi comme officier des transmissions pendant plus de trente ans. Aujourd’hui, il travaille comme fonctionnaire et met sa grande expérience à profit du gouvernement fédéral », poursuit-il.

D’autres membres de sa famille ont fait partie des forces armées coréennes, y compris un oncle maternel toujours en service, qui est général dans l’Armée sud-coréenne. « Il est appelé à gérer les relations avec la Corée du Nord, ce qui est un travail très intense étant donné la menace constante. »

Il ajoute que le père de sa mère était aussi membre des forces sud-coréennes. Il a pris sa retraite dans les années 1980, alors qu’il était lieutenant-colonel.

Son grand-père paternel a quant à lui servi durant la guerre de Corée et s’est joint à l’Association des anciens combattants coréens à Kitchener-Waterloo, en Ontario, après son immigration au pays dans les années 1960. Sergent dans l’Armée sud-coréenne, cet immigrant de première génération est très fier des membres de sa famille qui ont servi après lui au sein de l’Armée canadienne.

Même si la pression familiale peut sembler inévitable dans de telles circonstances, le Capt Hou affirme qu’il n’en a pas subi. « C’était entièrement mon choix. Mais j’avais des modèles de qui m’inspirer. C’était super de connaître des gens qui avaient déjà servi. »

Né à Hamilton, en Ontario, il a commencé à voyager dès son jeune âge. « Ma famille nucléaire a déménagé en Colombie-Britannique alors que j’étais encore très jeune. Donc pour moi, c’est chez moi. »

Ses grands-parents paternels ont immigré au Canada alors que son père avait seulement 13 ans. Le Capt Hou estime qu’ils étaient des pionniers, l’une des premières familles canadiennes d’origine coréenne à Kitchener-Waterloo. À l’école intérimaire, son père était le seul enfant coréen et l’une des trois seules personnes de couleur dans une mer de descendants germaniques.

Le Capt Hou parle avec humour de l’expérience d’immigration de sa famille, indiquant que la nourriture était une grande préoccupation, tout comme le désir de s’assimiler.

« Mon grand-père avait décidé de ne plus manger de cuisine coréenne, et de manger plutôt des mets typiquement canadiens dans le Kitchener-Waterloo des années 1960, c’est-à-dire de la nourriture allemande et mennonite, comme des saucisses, de la choucroute et des pommes de terre. Après environ une semaine, sa famille n’en pouvait plus et se plaignait d’avoir des maux de tête sans kimchi », ajoute-t-il en riant.

Il fallait voyager jusqu’à Toronto pour trouver des épiceries coréennes. « Aujourd’hui, l’immigration est totalement différente. Ils étaient des pionniers, en quelque sorte », estime-t-il.

L’expérience interculturelle du Capt Hou lui a été utile lors de son déploiement en Afghanistan en 2013. Il a pris part à la dernière rotation du Canada dans ce pays, à titre de mentor auprès des officiers de logistique supérieurs afghans.

« J’étais au Centre de formation militaire de Kaboul – la plus grande organisation d’instruction militaire en Afghanistan. C’était un endroit incroyable. Le niveau de production était hallucinant, avec environ 4000 recrues par mois et jusqu’à 25 000 soldats en formation chaque jour. Ils avaient une guerre à mener. Ces chiffres sont démesurés comparativement à ce que l’on connaît au Canada, avec une Force régulière comptant 68 000 membres. »

« La formation culturelle comportait ses défis particuliers. On nous a informés que, en Afghanistan, il importe d’abord d’établir des liens; le travail se fait ensuite. Il fallait donc investir du temps, être présent, discuter avec les soldats de leur vie personnelle, prendre le thé avec eux », décrit-il.

« Les Afghans croient en l’importance d’être une personne intégrale au travail. Ce n’est pas notre façon de faire au Canada; nous séparons habituellement le travail de la vie personnelle. Ce fut pour moi un grand apprentissage, que j’essaye maintenant d’appliquer dans ma vie et au travail. »

Le Capt Hou donne deux exemples de situations où son équipe a pu faire une différence. La première portait sur la maintenance des véhicules et l’autre, sur les services de buanderie pour les soldats. Comme le déploiement durait trois mois, il fallait trouver des solutions rapidement.

« L’important est de trouver des solutions locales à des problèmes locaux, et non pas des solutions canadiennes à des problèmes locaux. »

« À la base, le suivi de l’utilisabilité et de l’état de fonctionnement des véhicules était effectué manuellement, avec des livres. » Son équipe et lui ont senti qu’ils avaient accompli quelque chose lorsqu’ils ont transféré toute cette information de maintenance dans un ordinateur, avec un logiciel facile à maîtriser dans le peu de temps disponible. Ils ont judicieusement évité d’avoir recours à un logiciel de tableurs compliqué qui aurait probablement été utilisé au Canada.

L’autre défi concernait les services de buanderie; même si l’OTAN avait fourni de l’équipement de buanderie de taille industrielle à la base, cet équipement n’était pas installé et aucune formation n'était offerte. « Des milliers de soldats devaient donc récurer leurs uniformes à la main dans le peu de temps libre qu’ils avaient. » Cette situation nuisait à l’instruction élémentaire parce que les soldats ne se reposaient pas comme ils auraient dû.

« Vers la fin du déploiement, nous avons enfin pu régler la situation. » Les répercussions tactiques ont été énormes; non seulement la propreté des uniformes laissait auparavant à désirer, mais le problème entraînait également une perte de temps considérable et du gaspillage d’eau et de savon.

« C’est ce que j’adore de la logistique. Même au niveau stratégique, lorsqu’on planifie des politiques, on a toujours en tête qu’il y aura des répercussions sur le terrain, qui auront une incidence directe sur les soldats. »

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